Ce petit homme fut un géant de l’art du combat chinois. Formé à la dure école par Maître Guo Yun Shen, lui même un des plus grands maîtres du wu shu de son époque, Maître Wang Xiang Zhai a relevé nombre de défis au cours de sa formation et a pu synthétiser une méthode d’entraînement très riche tant du point de vue martial que de celui de la santé. Homme intègre, il nous laisse un riche héritage et surtout une méthode pour cheminer vers l’état de zheng ti où toutes les facettes de la vie s’intègrent. Wang Xiang Zhaï fut un adepte tellement remarquable que ses compatriotes l’ont surnommé «la main du pays», ce qui veux dire le trésor de notre pays.

Maître Wang Xiang Zhai
Wang Xiang Zhaï (1886-1963) est né dans le district de Shen Xian dans la province de Hebeï au nord de la Chine. Souvent malade durant sa jeunesse, il entreprend à l’âge de 14 ans l’étude du xing yi quan (boxe de la forme et de l’esprit) sous la gouverne du fameux Maître Guo Yun Shen. Au lieu de le former par l’apprentissage de multiples techniques de combat (les kata ou tao lu), Maître Guo préféra former son jeune disciple par l’unique pratique d’une forme de méditation debout appelée zhan zhuang (ou ritsu-zen en japomais). Pendant 4 années, le jeune Wang doit se soumettre à cette difficile pratique, sans poser de questions ou rouspéter. On raconte que Maître Wang devait tenir sa position de zhan zhuang «jusqu’à ce que la glace fonde sous ses pieds»! Pour un jeune homme, se soumettre à une telle discipline sous peine d’être battu par son maître, constitue une épreuve d’une intensité et d’une dureté inouïes.

Maître Wang Xiang Zhai
Cependant, l’enseignement de Maître Guo porte ses fruits car Wang atteint un niveau exceptionnel dans son art. Il est important de comprendre que, normalement, l’enseignement du zhan zhuang n’était enseigné qu’à partir d’un niveau très élevé de l’art du combat. En choisissant de former son jeune disciple par l’essentiel de son art, le célèbre Guo Yun Shen (immortalisé par l’expression admirative: «Par son seul coup de poing, en se déplaçant d’un demi-pas, il domine le monde entier») fit preuve de grande intuition par rapport aux qualités de Wang Xiang Zhaï.

Maître Wang Xiang Zhai en posture de zhan zhuang
Maître Kenji Tokitsu écrit (Les fondements de la pratique du Shaolin-mon, 1991): «En effet Wang Xiang Zhaï fit preuve très tôt d’une capacité extraordinaire. Bien qu’il soit chétif et de petite taille, au cours de son voyage de formation à travers toute la Chine, il livra plus d’un millier de combats le plus souvent victorieux grâce à sa force explosive. Il séjourna auprès des adeptes qui l’avaient vaincu pour étudier leur art. Il atteignit ainsi un niveau exceptionnel».

Maître Wang Xiang Zhai en posture de zhan zhuang
Vers le milieu des années 1920, Maître Wang enseigne son art qu’il nomme yi chuan (boxe de l’intention) et que l’on appellera aussi plus tard dà chèng chuan (boxe du grand accomplissement). Il s’intéressa également aux applications thérapeutiques de sa pratique dont certains de ses disciples, notamment Maître Yu Yong Nian, continuent aujourd’hui cette tradition avec une renommée de niveau mondial. D’ailleurs, de nombreuses études scientifiques sur les bienfaits de la pratique du zhan zhuang sont faites actuellement. Aujourd’hui, plus de huit millions de personnes en Chine pratiquent une forme de zhan zhuang ( Paul Dong & Aristide H. Hesser, Chi gong, The ancient chinese way to health, 1990).

Maître Wang Xiang Zhai avec un groupe d’élèves
L’héritage de Maître Wang Xiang Zhaï se perpétue aujourd’hui tant du point de vue de l’art du combat que de celui du maintien de la santé. De toute façon, ces deux facettes sont indissociables dans la pratque du yi chuan ou da chèng chuan. Il a formé plusieurs élèves, souvent déjà eux-même des adeptes de haut niveau dans d’autres arts martiaux, tels que: sa fille cadette Wang Yu Fang, Yao Zong Xun (qui formera entre autres ses deux fils Yao Cheng Guang et Yao Cheng Rong, Guo Gui Zhi, Cui Rui Bin), Zhao dao Xin, Han Xin Qiao, Han Xing Yuan, Wang Bin Kui, Gao Zhen Dong, Bu En Fu, Zhang Chang Xin, Hong Lian Shun, Zhou Zi Yan, You Peng Xi, Li Jian Yu, Li Wen Tao, Yu Yong Nian (également professeur de Guo Gui Zhi), Yang De Mao, Li Yong Zong, Chang Zhi Lang et bien d’autres.

Maître Wang Xiang Zhai
Bibliographie:
Charles Georges:Hsing I Chuan, l’art interne du Kung-fu/Wushu, Sedirep, Paris, 1986.
Diepersloot Jan: Warrior of stillness, meditative traditions in the chinese martial arts vol.1,Ed.privées,USA, 1995.
Dong Paul & Aristide H. Esser: Chi-gong, the ancient way tohealth,Paragon House, New-York,1990.
Lam Kam Chuen:The way of energy, Gaia books, New-york, 1991.
Sawaï Kennichi:Taikiken, the essence of Kung-fu, Japan publications, Tokyo, 1976.
Tokitsu Kenji:Les fondements de la pratique du Shaolin-mon, Éd. privées, Paris, 1991.
Wang Xuan Jie: Da Cheng quan, Hai Feng Publishig, Hong Kong, 1988.