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Maître Kenichi Sawaï

9 février 2008

Kenichi Sawaï est né à Tokyo en 1903. Il a pratiqué plusieurs arts martiaux et à l’âge de vingt-deux ans, il était déjà cinquième dan en judô, quatrième dan en kendô et en iaïdô. En 1931 il se rend en Chine en tant qu’officier de l’armée japonaise. C’est là qu’il fait la rencontre de maître Wang Xiang Zhaï le fondateur du yi chuan ou da chèng chuan. Cette rencontre a eu lieu sous forme de confrontation. Dans son livre maître Sawaï raconte: «J’ai rencontré Wang Xiang Zhaï alors que je travaillais en Chine. C’était un petit homme avec une démarche ressemblant à celle d’un canard…comme à cette époque j’étais cinquième dan de judô, j’avais un certain degré de confiance en mes capacités en combat. Dès que l’opportunité de faire un match avec Wang s’est présentée, je l’ai agrippé et j’ai essayé une technique. Aussitôt je me suis retrouvé repoussé dans les airs…Peu importe le nombre de fois où j’ai essayé d’avoir le dessus sur lui, le résultat était toujours le même. Je me retrouvais projeté et il me frappait légèrement sur la poitrine juste au dessus du coeur. Lorsqu’il me frappait, j’expérimentais une étrange sensation de douleur semblable à un malaise cardiaque…Cette expérience m’a enlevé toute confiance en mes capacités…La seule issue était d’obtenir l’enseignement de Wang Xiang Zhaï» (Kenichi Sawaï : The essence of Kung-fu – Taïki-ken, Tokyo, 1976).

Me Sawai Kenichi

maître Kenichi Sawai en exercice de combat

 

K. Sawaï devient alors le disciple de maître Wang. Mais dans le contexte de l’époque où l’armée japonaise constituait l’envahisseur et faisait des ravages, il est difficile de concevoir que maître Wang aurait transmis de bon gré son art à l’ennemi de son pays. Selon Kenji Tokitsu : «En effet, lorsque mon ami a recueilli le témoignage du défunt Yao Zong Xun, qui avait été chargé sur l’ordre de Wang Xiang Zhaï d’enseigner le yi chuan à K. Sawaï, celui-ci a dit: «je ne lui ai pas enseigné l’essentiel du yi chuan» (Kenji Tokitsu : texte d’orientation : 1991 – les fondements de la pratique du Shaolin-Mon, Paris, 1991)

Malgré tout K. Sawaï persévère dans sa pratique. À travers des heures et des heures de ritsu-zen (zhàn zhuang), il parvient à remplir la part absente de la transmission qu’il a reçue, qui constitue pourtant l’essentiel, par son intuition du ki. Maître Sawaï écrit: « Au Japon la pratique la plus populaire du Zen est le zazen ou la méditation assise. Mais les adeptes chinois d’arts martiaux préfèrent souvent le Zen debout (ritsu-zen) utilisé pour renforcer l’énergie interne et permettre de générer une force explosive. Cette énergie nommée «ki» se cultive le plus efficacement à travers le Zen debout. Comme je l’ai déjà mentionné, les explications verbales du ki ne sont rien d’autres que des mots vides parce qu’ils ne peuvent amener à une vraie compréhension. L’entraînement personnel à travers le ritsu-zen et le combat avec partenaires sont les seules façons d’arriver à l’intuition du ki » (Kenichi Sawaï : The essence of Kung-fu – Taïki-ken, Tokyo, 1976). Pour maître Sawaï l’exercice du ritsu-zen est le coeur de la pratique martiale. Selon son expérience le ritsu-zen est une pratique remplie de souffrances au-delà de laquelle se trouve l’expérience du ki. Il dira: «On ne peut, au début maintenir la posture de ritsu-zen que cinq minutes, dix tout au plus. Mais en persévérant, on peut tenir une demi-heure, puis une heure. On peut alors entrer dans l’état de non-pensée… Au début il est impossible de ne penser à rien, donc, pensez ce que vous voulez. Mais, vous aurez bientôt mal aux jambes, et ceci de plus en plus, votre tête s’emplira de douleur. Si vous dépassez cet état, vous vous trouverez dans l’état de vide»(K. Tokitsu : Méthode des arts martiaux à mains nues, Paris 1988). Il est difficile d’imaginer la dureté de la pratique que maître Sawaï s’impose pour développer ses capacités. Cependant il arrive à des résultats exceptionnels.

Senseï Tokitsu écrit (Karaté-bushidô n°167, Paris, 1990): «Selon des témoignages de ses disciples que j’ai recueillis lorsqu’il avait 75 ans, K. Sawaï dominait aisément en combat libre ses élèves qui étaient des adeptes du karaté ou de l’art de la frappe (kempo). Qui peut en faire autant parmi les karatéka actuels? Pas seulement donner une image de maître de combat conventionnel, mais dominer effectivement en combat libre». Il s’agit en effet d’un cas rarissime dans le monde des arts martiaux à mains nues où la plupart des «maîtres» ne font guère plus que des kata en démonstration après l’âge de quarante-cinq ou cinquante ans.

Bien que sa démarche ait été très puriste, voire même extrémiste, maître Sawaï, qui nous a quittés en 1984, a largement contribué à faire souffler un vent de fraîcheur dans l’art martial à mains nues. Tout adepte sincère se trouve confronté à son image et à ses réalisations. Je laisse le mot de la fin à maître Tokitsu (Karaté-bushidô n°167, Paris, 1990): «Parmi les adeptes de budô japonais survivants à une guerre sanglante, Kenichi Sawaï tenait une place un peu marginale par son art et sa conscience particulière des valeurs. Mais son attitude sincère et passionnée a contribué à redresser celle de certains budôka d’après-guerre au Japon».

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