dacheng quan - yi quan

Maître Guo Guizhi

27 septembre 2015

J’aimerais modestement présenter ici mon professeur de dachengquan (大成拳)ou yiquan (意拳), Maître Guo Guizhi (郭贵志). Maître Guo Guizhi est un des plus grands experts contemporains de cette école d’art martiaux et d’exercices pour le renforcement de la santé fondée par Maître Wang Xiangzhai (王薌齋) au cours du 20ième siècle.

Maître Guo Guizhi

Maître Wang Xiangzhai fondateur de l’école dachengquan (yiquan)

Né en 1933, c’est à l’âge de 10 ans que Guo Guizhi débute la pratique des arts martiaux sous la tutelle de son grand père maternel Maître Zhu Guoxuan qui lui enseigne alors une forme de shaolinquan. Élève passionné, le jeune Guizhi donnait déjà des cours de changquan alors qu’il n’avait que 16 ans.

Portrait de Maître Zhu Guoxuan le grand père maternel de Maître Guo Guizhi

Guo Guizhi jeunesse

Un jeune Guo Guizhi pratiquant le wushu à l’âge de 14 ans.

En 1957, alors qu’il travaille pour les chemins de fer dans le transport du charbon, il développe un problème de santé grave au niveau de l’estomac. Il est envoyé se faire soigner à l’hôpital Beidaihe. C’est là qu’il fait la rencontre du professeur Yu Yongnian (1920-2013), un des pionniers dans le traitement de maladies à travers la pratique de postures appelées zhangzhuang. Le professeur Yu prend en charge le traitement de sa maladie en lui prescrivant et en lui enseignant cette méthode particulière de renforcement de la santé. Le traitement est un succès lui permettant de se soigner et de récupérer très rapidement.

Maître Yu YongNian et Maître Guo Guizhi

Convaincu par l’efficacité de cette pratique, Guo Guizhi qui habite la ville de Datong, se rend ensuite tous les dimanches à Beijing pour y recevoir l’enseignement de Maître Yu Yongnian dans la méthode de l’art du dachengquan (yiquan). En effet, Maître Yu Yongnian était un des disciples du fondateur le célèbre grand Maître Wang Xiangzhai (1886-1963). C’est d’ailleurs sous la supervision initiale de ce dernier que le professeur Yu a pu réaliser sa contribution majeure au traitement de certaines maladies par le biais de la méthode d’entrainement de cette école.

Professeur Yu Yongnian (debout 4e à gauche) Maître Wang Xiangzhai (assis 4e à gauche)

Maître Wang Xiangzhai en posture de zhan zhuang

C’est à cette époque également que le Maître Yu Yongnian présente le jeune Guo Guizhi au fondateur de l’école Maître Wang Xiangzhai. Pendant une courte période il aura ainsi le privilège de recevoir l’enseignement directe du fondateur du dachengquan (yiquan). En 2012, lors de la fête organisée pour célébrer ses 80 ans à Datong, Maître Guo Guizhi raconte ainsi sa première rencontre avec Wang Xianzhai:

Concernant le niveau dans l’art de la boxe, et là je souhaiterais m’exprimer clairement à ce sujet, ce n’est pas une affaire de dire simplement qui est bon ou qui ne l’est pas, le niveau provient de l’entrainement, celui qui s’entraine atteindra un haut niveau. A mes débuts avec le professeur Yu à Beidaihe, je n’étais pas bon du tout. Après une courte période de pratique, j’invitais les autres élèves à faire tuishou avec moi, et aucun ne pouvait plus me bouger! Le professeur Yu m’a alors surnommé celui qui a « 800 livres de force ». Cependant, cette réputation m’a apporté pas mal d’ennuis à l’époque. En effet, en quittant Beidaihe et de retour à Beijing, Le professeur Yu a écrit une lettre à l’attention de Monsieur Wang Xiangzhai «j’ai ici un élève très doué, il souhaiterait apprendre l’art de la boxe, j’espère que vous accepterez sa venue. Il a une force exceptionnelle de 800 livres.» Bien sûr ce n’était qu’un surnom pour me recommander à Wang Xiangzhai, je n’avais pas autant de force! Je suis alors allé voir Monsieur Wang avec la lettre de recommandation, ce dernier à son grand étonnement a lu «800 livres de force ?». Cela l’a rendu plus furieux contre moi qu’autre chose! Il m’a dit alors «C’est toi qui a une force de 800 livres ? Viens, on fait un petit match tous les deux !» Je lui ai répondu «D’accord !» J’étais bien plus grand que lui de taille, mais je ne connaissais pas la situation, je n’avais aucune idée de son niveau, je lui ai donc juste demandé de me montrer un peu. Il se déploya ainsi pour pousser, il avait de la force devant, derrière, à gauche à droite : les six forces! Je me suis dit «Je n’ai encore jamais vu un gongfu pareil». J’aimais beaucoup Monsieur Wang, il m’appréciait bien également, car j’avais le courage d’affronter, j’avais l’esprit des pratiquants d’arts martiaux… (traduction de Laurent Chircop-Reyes)

Il s’entraine également avec d’autres élèves du fondateur durant cette période dont notamment Maître Chang Zhilang et Maître Wang Xuanjie. Bien que très brève, cette expérience auprès de l’adepte exceptionnel qu’est Wang Xiangzhai marquera Maître Guo Guizhi pour le reste de sa vie.

Maître Guo Guizhi lors de retrouvailles avec Maître Chang Zhilang en 2011

Suite au décès de Maître Wang Xiangzhai en 1963, et constatant l’intérêt marqué et la capacité de son disciple pour l’art martial, Maître Yu Yongnian le recommande auprès de Maître Yao Zongxun (1917-1985) qui avait pris la relève du fondateur du dachengquan (yiquan) dans l’enseignement de l’aspect martial de cette discipline. Adepte d’une très grande capacité, Maître Yao contribua grandement à la formation de Maître Guo Guizhi dans la méthode de combat du dachengquan. En effet, de par son travail dans les chemins de fer et le type de mobilité qui lui était ainsi permis, Maître Guo a pu poursuivre ses visites auprès de Maître Yao Zongxun afin de continuer à recevoir discrètement son enseignement durant la difficile période de la révolution culturelle, où ce dernier fut déplacer dans un camp de travail à la campagne. Maître Guo Guizhi a ainsi pu suivre l’enseignement de Maître Yao Zongxun de façon continue pendant 2o ans jusqu’en 1983.

Maître Guo Guizhi (assis 1er à gauche) et Maître Yao Zongxun (à sa gauche au centre)

Maître Guo Guizhi rencontre par la suite dans les années 1980 Maître Wan Laisheng (1903-1995), adepte renommé dans les écoles ziranmen et liuhemen. Cette importante rencontre sera un autre moment déterminant pour lui dans sa compréhension des points essentiels dans la méthode d’entrainement à l’art martial, éléments qu’il inclura par la suite dans sa propre école.

Maître Guo Guizhi (2e rang au centre et en blanc) et Maître Wan Laisheng (2e à gauche 1er rang)

Maître Guo Guizhi dans son entrainement personnel

Afin de développer et évaluer ses capacités dans l’art martial, Maître Guo Guizhi participe avec succès à plusieurs compétitions de combats en Chine et ce, tant au niveau régional que national. Combattant redoutable, il relève également divers défis et contribue ainsi à démontrer tout au long de sa vie l’efficacité martiale pouvant être développée à travers la méthode d’entrainement particulière du dachengquan.

Présentation de divers succès de Me Guo Guizhi lors de compétitions d’arts martiaux en Chine

Maître Guo Guizhi lors de la compétition internationale d’arts martiaux de Hong Kong en 2011

Maître Guo Guizhi à Hong Kong, 2011

Maître Guo Guizhi consacre également beaucoup d’énergie à la diffusion du dachengquan. Il débute son enseignement dans la région de la ville de Datong où il habite. À cette époque l’enseignement de certains arts classiques en Chine est encore délicat suite à la révolution culturelle aussi, son enseignement des premières heures se doit d’être discret.  Lors du même discours prononcé lors de la fête de ses 80 ans Maître Guo dira de cette époque:

Aujourd’hui l’époque a bien changée, mais avant les années 70, la pratique des arts martiaux n’était pas vu d’un bon œil dans le pays, parce que je n’osais pas enseigner j’avais alors instauré une règle pour ceux qui voulaient s’entrainer avec moi : premièrement ne pas l’enseigner aux autres ; deuxièmement ne pas faire payer les gens ; troisièmement ne pas se battre. Ces gens là ne m’ont pas écouté, aujourd’hui encore nous avons des différends. Mais parmi ceux qui sont restés mes élèves beaucoup sont devenus des grands pratiquants reconnus, dont certains ont un excellent niveau de combat sanshou dans la région. C’est donc aussi grâce à tous ces gens de qualités ainsi que des pratiquants de mon village natale que le dachengquan a pu bénéficier d’un si bon développement dans la région […]Dans l’avenir il y aura encore d’autre réunion pour que le développement de notre pratique continue. A l’époque nous ne pouvions que difficilement dispenser cette pratique, et aujourd’hui nous sommes la seule association de dachengquan de toute la province du Shanxi […] (traduction de Laurent Chircop-Reyes)

Photo d’un entrainement de dachengquan à Datong dans les années 1970

Rencontre pour la promotion du dachengquan à Datong: Yu Yongnian (1er à gauche), Chang Zhilang (2e à gauche), Wang Yufang (fille cadette de Wang Xiangzhai, 4e à gauche), Wang Xuanjie (5e à gauche) et Guo Guizhi (dernier à droite)

Les Maîtres Chang Zhilang et Guo Guizhi en démonstration de tuishou

Assis sur la première rangée de gauche à droite: Maître Guo Guizhi, Maître Li Jianyu et Maître Wang Yufang

Maître Guo Guizhi contribue activement par la suite au développement du dachengquan dans d’autres régions de la Chine et surtout, depuis le milieu des année 1990, dans différentes régions de l’Europe notamment en France (Paris, Marseille, Toulouse et Lyon) et en Italie (Milan). À partir de 2007, son école se développe également en Amérique du Nord au Canada (Montréal). C’est dans cet esprit de développement du dachengquan qu’a été fondée et reconnue officiellement en 2010 l’Association de Dachengquan de la ville de Datong de Maître Guo.

Conférence de l’Association de Dachengquan de la ville de Datong, 2010

Maître Guo Guizhi lors d’un stage au Canada en 2009

Maître Guo Guizhi nomme désormais son école Guoshi dachengquan (郭氏大成拳 – le dachengquan de la famille Guo). Maître Guo a en effet toujours préféré désigner son art martial en utilisant l’appellation «dachengquan» plutôt que «yiquan», appellation qui concorde entre autre au nom qui était utilisé pour référer à l’enseignement de Maître Wang Xiangzhai à l’époque où il a lui-même débuté sa propre pratique. Toujours lors de son allocution lors de la fête de ses 80 ans il dira à ce propos:

À la fin de la dynastie Qing (1644-1911), le niveau (gong fu) de Monsieur Wang Xiangzhai était déjà excellent, à cette époque il exerçait en qualité de chef instructeur de l’armée. Son nom et sa réputation d’entraineur d’arts martiaux résonnait alors du Nord au Sud du pays. Monsieur Wang n’était pas de Beijing, il venait de la province du Hebei, c’était aussi une personne d’origine sociale modeste, je tiens à ce que chacun d’entre-nous connaissent bien l’histoire et les origines de notre pratique. Dans les années 20 lorsque Monsieur Wang était à Shanghai, il a rebaptisé sa pratique «Yiquan». Une vingtaine d’années plus tard, soit dans les années 40, il décida de retourner dans le Hebei et de se rendre ensuite à Beijing afin de diffuser et promouvoir son art. De quelle façon? Chaque dimanche il ouvra les portes de sa maison à tous les pratiquants de n’importe quelle région dans le but de venir échanger avec lui sur les arts martiaux. Monsieur Wang n’avait alors jamais perdu une seule rencontre, de nombreux experts Japonais pratiquant le karaté, le kendo et le judo s’était également mesurés à Wang xiangzhai. Au travers de tous ses échanges victorieux, plusieurs riches personnalités de l’époque, dont principalement quatre personnes, dont Monsieur Zhang Bi faisait parti, proposèrent alors à Monsieur Wang que désormais sa boxe ne s’appellera plus «Yiquan» mais «Dachengquan». Je voudrais que tout le monde soit bien clair avec cette partie de l’histoire [ …] Ce n’est pas Wang Xiangzhai lui-même qui décida de prendre cette appellation, mais les nombreux pratiquants gravitant autour de lui. Cette appellation fut grandement favorable au développement de la pratique de Monsieur Wang à cette époque, dont sa pratique se différenciait des autres pratiquants du fait de l’importance accordée à l’entrainement du zhanzhuang. Particularité qu’il avait hérité de son Maître Guo Yunsheng, et dont le niveau de gongfu atteint grâce au zhanzhuang lui permis dès la fin des Qing d’entrer en tant que chef instructeur de l’armée […]. (traduction de Laurent Chircop-Reyes)

Maître Guo Guizhi désire ainsi aujourd’hui clairement identifier son approche pédagogique particulière et personnelle de cette méthode fondée par Maître Wang Xiangzhai à travers la désignation de sa propre école soit, le Guoshi dachengquan. C’est dans cet esprit qu’il a accepté un premier groupe de disciples lors d’une cérémonie officielle qui s’est tenue dans la ville de Datong en août 2014.

Groupe de disciples de Maître Guo Guizhi à Datong, 2014

Maître Guo Guizhi avec son fils, son petit-fils accompagnés de ses disciples occidentaux, Chine 2014

Maître Guo Guizhi avec son fils et son petit-fils accompagnés de quelques disciples occidentaux, Chine 2014

Aujourd’hui octogénaire bien confirmé, Maître Guo Guizhi est toujours en très bonne santé et tout aussi actif tant dans son entraînement personnel que dans son enseignement de l’art du dachengquan. C’est pour nous un privilège et un honneur de pouvoir étudier auprès de cet homme passionné et, de participer modestement à notre tour dans la transmission de sa méthode de travail de cet art extraordinaire qu’est le dachengquan. Laissons les derniers mots de cet article à Maître Guo toujours à travers son allocution lors de la fête pour ses 8o ans:

En définitive, c’est grâce à l’entrainement au dachengquan que j’ai pu renforcer et entretenir ma santé, aujourd’hui j’ai 80 ans, je suis encore en pleine forme et mes mouvements sont plutôt pas mal, vous ne trouvez pas ? Tout cela je le dois au dachengquan, sans quoi je ne serais pas là aujourd’hui.  Il y a un point sur lequel il faut faire très attention, le pivot central de l’étude de cet art de la boxe n’est pas seulement de pouvoir frapper des gens, mais surtout de rester en bonne santé, et d’entretenir le corps pour la longévité. Selon la maladie que vous avez la pratique peut vous aider à guérir complètement. Wang Xiangzhai nous à légué son enseignement du « nourrir le principe vital » (yangsheng), c’est le point sur lequel il nous faut insister. Le but premier de l’art martial est celui de nourrir le principe vital, et non celui de frapper. Frapper ? Qui est-ce qui a besoin de se battre tous les jours ? […] (traduction de Laurent Chircop-Reyes)

MeGuo_zz_FortChambly-2010

Maître Guo Guizhi en posture de jijizhuang, Québec 2011

Me Guo Guizhi et son disciple Philippe Munn, Chine 2010

Me Guo Guizhi et son disciple Philippe Munn, Chine 2010

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